Ofée / Création / Robe de mariée

Ce qui est intéressant dans mon métier, c’est que chaque projet, chaque client, chaque matière est différent.
Quand un client arrive à la boutique avec un vêtement qu’il souhaite transformer, il arrive avec une histoire… Il y a souvent un côté sentimental, une émotion, quelque chose à raconter, et c’est ce que j’aime! Parfois, c’est la matière qui interpelle, parfois la personne à qui il appartenaint, mais toujours il renvoie à des souvenirs.
C’est pourquoi j’ai le sentiment de travailler non seulement une matière, mais aussi une partie de la personnalité de mon client. Une confiance s’installe automatiquement entre le client et moi : il me confie une partie de sa vie, mon objectif est de magnifier ce petit bout de lui-même sans lui faire perdre sa valeur sentimentale.

Dans cet article, je vais vous expliquer les différentes étapes de ce travail de transformation, à travers un joli exemple : la robe de mariée de Manu. Créer une robe de mariée est toujours une démarche un peu particulière : la cliente imagine souvent cette robe depuis qu’elle est toute petite, il faut donc je sois encore plus à l’écoute que d’habitude. Il y a aussi une pression qui pèse sur ce vêtement que tout le monde attend, c’est une pression que j’apprends à gérer au fur et à mesure des années, mais qui reste là quand même.

Manu m’a contactée pour réaliser sa robe de mariée. Elle avait déjà l’idée de récupérer la robe de mariée de sa Maman, pour des raisons sentimentales mais aussi écologiques et économiques.
Lors de notre premier rendez-vous, dans ma boutique de Namur, nous avons surtout discuté du style de son mariage. Ce sera un mariage simple, avec une formule auberge espagnole. Sa robe ne sera donc pas trop sophistiquée : nous irons vers la simplicité.
Elle m’annonce également qu’elle est enceinte, une donnée inconnue s’ajoute alors à notre projet : la taille de son ventre lors de son mariage… Nous serons obligées de travailler dans les semaines avant son mariage pour ne pas avoir trop de retouches de dernière minute, c’est peut-être un peu stressant pour la cliente, mais elle ne le montre pas : elle décide de me faire confiance.
Vient alors la découverte de la robe de mariée de sa Maman : une robe très simple, froncée à la taille, avec un col rond et ces manches typiques des années 90 : froncées et volumineuses. Nous sommes immédiatement d’accord pour éliminer ce détail : les manches ne seront pas les mêmes. Un autre détail à ne pas négliger : le bas de la robe est plein de petites tâches, il faudra donc couper une partie du tissu.
Dans la conversation, Manu me dit aussi qu’elle rêve de piquer des vraies fleurs dans sa robe. Cela me parait un peu compliqué, mais je lui propose de venir appliquer des fleurs en tissu sur le tissu blanc. L’idée lui plait, il faudra trouver un tissu à fleurs qui lui plait.
J’ai maintenant toutes les infos dont j’ai besoin pour créer la robe dont elle rêve… Nous fixons un autre rendez-vous pour que je puisse lui présenter mes idées.

Lors de notre second rendez-vous, nous regardons ensemble les différents dessins que j’ai réalisés. Nous garderons l’encolure de la robe de mariée de sa Maman, ainsi que les fronces de la taille que nous remontrons au-dessus du ventre pour laisser de la place au bébé à venir. La question se pose surtout pour la forme des nouvelles manches, comment intégrer le nouveau tissu et où appliquer les fleurs…
Nous trouvons dans ma réserve un voile de polyester imprimé de fleurs toutes fines. Nous aimons la finesse du motif, tout comme ses couleurs. Nous n’alourdirons pas l’aspect de la robe en venant appliquer les fleurs, et en plus ça tombe bien : le fond du tissu est exactement de la même couleur que le tissu existant, les fleurs se fondront parfaitement à l’ensemble.
Manu se décide pour le modèle avec les manches évasées… les fleurs monteront en dégradé à partir du bas de la robe et nous en trouveront à l’intérieur des manches pour créer la surprise quand elle bougera.
Bonne nouvelle : la robe est passée au nettoyage à sec. Les tâches se sont nettement atténuées, nous pourrons garder une bonne partie du tissu et masquer les quelques tâches restantes avec les fleurs.
Au prochain rendez-vous, nous essayerons la robe transformée.

Et c’est ici que mon travail commence réellement! Couper dans une robe qui a une valeur sentimentale est toujours un peu compliqué et difficile pour moi… Mais il faut ce qu’il faut!
Je me lance : je coupe la partie de la robe tâchée, je découds la taille, enlève les manches et patronne une nouvelle manche moins volumineuse. La robe existante ne ressemble plus à une robe : heureusement que les clients n’assistent pas à cette étape du travail, il prendraient peur!
Et pourtant, c’est la partie la plus importante… Quand je transforme un vêtement, il m’arrive parfois de le démonter entièrement avant de le remonter. Et c’est grâce à ce travail que le nouveau vêtement prendra sa nouvelle forme et pourra démarrer une seconde vie.
Je retravaille le corsage pour relever la taille, détends les fronces pour laisser de l’aisance au niveau du ventre et rajoute du tissu dans le bas de la jupe et des manches.

Le prochain essayage est un peu décevant : la nouvelle forme fonctionne très bien mais le nouveau tissu que nous avons rajouté ne tombe pas de la façon que j’imaginais. Il faudra trouver un autre tissu plus fluide…
La semaine d’après, nous essayons à nouveau la robe qui cette fois est parfaite! Il ne reste plus qu’à ajuster la longueur des manches… et venir appliquer les fleurs!

Un travail de longue haleine commence alors pour moi : découper chaque fleur une à une. C’est du voile, le tissu bouge beaucoup, ça me demande beaucoup de concentration et de temps… Mais ça me détend! C’est un peu comme colorier des mandala, ça vide la tête… Vous devriez essayer!
Ensuite, je compose mon dégradé en épinglant chaque fleur. La difficulté est de bien doser, il ne faut pas qu’il y ait trop de fleurs pour ne pas alourdir l’aspect de la robe, mais il faut qu’il y en ait suffisamment pour que l’aspect reste cohérent.
Il ne me reste plus qu’à coudre les fleurs… Je décide de les coudre au point droit à la machine pour ne pas prendre trop de temps (ça ne m’a pris que 10h30), mais aussi pour garder un aspect plus brut et pas trop sophistiqué. Le tissu continue de s’effilocher un petit peu, ce qui ajoute un peu de volume dans la matière… J’espère que la cliente aimera le résultat car j’ai rarement pris autant de temps pour finaliser un vêtement…

Heureusement, au dernier essayage, elle est ravie! La robe lui va parfaitement (il ne faut pas que bébé grossisse de trop dans la semaine qui suit, mais ça ira) et elle se sent bien dedans.
Que la cliente se sente bien dans son vêtement est une priorité pour moi. J’aime quand elle me dit que la robe que j’ai créée pour elle lui ressemble, car c’est ce que je recherche dans tout mon processus de création.
Au lendemain de son mariage, elle m’a envoyé ce message :
« Coucou Ofée, petit message pour te remercier encore mille fois pour la belle robe que tu m’as faite! Je n’ai eu que des commentaires positifs : elle me correspondait tout à fait! Merci d’avoir pris du temps, de m’avoir écoutée et d’avoir fait les ajustements pour qu’elle m’aille malgré mon ventre qui grossit »
Et c’est quand je lis ce genre de chose que je me dis que je fais un beau métier!